Depuis que j'ai accepté mon “homosexualité”, on dira plutôt mon “genre”, car tout ne se réduit pas à la sexualité... n'en déplaise aux imbéciles de tout poil... donc quand j'ai enfin voulu être au lieu de paraître, j'ai tout de suite pris l'histoire de notre communauté comme la mienne. Et Stonewall est notre “Bastille” à nous. Le jour où Gay, Lesbiennes et Trans ont “fait la révolution” en s'opposant violemment (certaines avec leurs talons-aiguilles !) à la police répressive de l'autocratie imposée.
Alors, étant donné l'indifférence globale de la population alentour, j'ai décidé d'ajouter un plus à mon “commerce”, et d'offrir un lieu d'échange d'informations et de culture. Que ça ne plaise pas à quelques-uns : c'est leur problème... pas le mien. Qu'ils restent dans leur indifférence, je m'en bats les roubignolles !
Voici donc la génèse de l'idée de l'ouverture du premier lieu ouvertement LGBT dans tout l'autunois (à ce jour et à ma connaissance).

LE GERME DE LA VIE

Mon vieil ami s’assit sur l’un des fauteuils de la Librairie, nous étions tous les deux. Tandis que je lui servais l’un des petits cocktails de mon invention : une vierge rouge épicée (voir la rubrique “Les tarifs”), il me dit d’un air souriant :
— Alors Énis ? Cette idée de Centre Gay & Lesbien en pleine cambrousse ?
— Oui Monsieur ?
— Ça va servir à quoi ?
Son ton était mi-moqueur, mi-sérieux ; en effet, à quoi, à qui était destinée cette idée ? Là, ici, à Épinac... un Centre Gay & Lesbien ?
— En fait c’est parti d’une idée. Au début je voulais ouvrir une backroom, un lieu destiné à des rencontres sexuelles, pour les gays BDSM. Et puis j’en ai parlé à quelques ami(e)s, dont vous, Monsieur. Certains ont paru enchantés, comme vous le fûtes, de cette idée et d’autres... plutôt septiques.
— Et donc ?
Monsieur buvait par petites gorgées sa Vierge rouge. Je dois dire que je l’avais assez poivrée.
— J’ai abandonné l’idée !
— Ah ? Et pourquoi
Il était semble-t-il déçu de ma décision.
— Pour plusieurs raisons ; d’une part taillé comme je suis, si un participant faisait du grabuge, je ne me voyais pas le prendre par le colbac et le foutre dehors... surtout si le mec était baraqué. D’autre part parce que finalement c'est pas une bonne idée et elle n'est pas suffisament fédératrice. Enfin parce que l’idée d’un centre Gay & Lesbien me semble justement plus “fédérateur” et à même d’intéresser plus largement la communauté dans son ensemble, et pourquoi pas des hétéros non “coincés”. Et après tout, ce qui m’intéresse, c’est plus la culture que sa première syllabe.
— Pourtant tu n’es pas ce qui s’appelle un “moine”.
Il dit cela avec une pointe d’ironie, ayant eu à se servir de moi comme je l’apprécie.
— Oui évidemment, Monsieur en sait quelque chose.
Je répondais moi aussi avec une pointe d’ironie, respectueuse bien entendu.
— Évidemment, je te comprends, ça attirera certainement plus largement.
— Évidemment.
— Donc tu vas faire quoi dans ce “Centre” ?
— Principalement des expositions thématiques, comme de la photo de nus, j’aime beaucoup Robert Mapplethorpe par exemple ou Pierre & Gilles. Ou alors des dessinateurs comme Ralph König, Tom of Finland ou même Copi. J’ai aussi des idées sur la poésie, notamment Villon dont on a découvert les vers à caractère homosexuel, et pourquoi pas la poésie homosexuelle arabe ? Il y a énormément de choses... Cocteau aussi bien sûr, ou Genet.
— Et les lesbiennes dans tout ça ?
Il finissait son cocktail en me posant la question qui était mon plus grand problème. En effet, n’étant, par la force des choses... pas lesbienne, je devais trouver de quoi faire une sorte de “parité”, ce qui me paraissait évident. Je connais bien le sujet “Gay”, mais pas grand-chose sur le “Lesbien”.
— Il faudra que je me renseigne, et au mieux que je trouve une aide, je veux dire une lesbienne prête à s’impliquer pour me guider dans ce sujet. Mais c’est en effet une question très importante.
— Oui... et mis à part les expos ?
— Une bibliothèque de prêt de livres d’auteurs comme Mishima, Cocteau, Wilde, Genet.
— C’est du classique ça !
Il se moquait encore un peu de moi, à sa façon titilleuse. Ça m’amusait toujours.
— Oui évidemment, mais je cite là les plus célèbres. Il y a aussi d’autres auteurs... “modernes” : J.T. Leroy, Hespey, Lestrade, Collins et j’en passe ! Mais je vais aussi mettre à disposition ma collection personnelle de revues homosexuelles, notamment une soixante de numéros de “Gai-Pied”, et d’autres plus... sexe !
— Pas mal !
Je souriais affectueusement.
— Et puis bien entendu, je mettrais en place un service d’informations sur divers sujets touchant à la communauté : la santé, les voyages, la sexualité, les droits, et tout le reste.
— Ça va être du boulot tout ça.
— Bah ! On n’a rien sans rien, et puis donner à comprendre, à connaître, à informer ; ça m’a toujours intéressé. Si c’est vivre pour soi, aucun intérêt ; si c’est vivre pour les autres, par contre, c’est motivant. Et puis je n’ai que ça à faire, mis à part mes éditions, mais là “ça roule” tranquillement.
— Donc tout ça c’est le 18 août ?
— Oui, le temps que les travaux soient finis et que j’ai récolté tout le matériel dont j’ai besoin.
Monsieur paraissait intéressé, et cela me rassurait.
— Bon, si on passait à table ?
— Ça c’est une bonne idée !
J’avais en effet invité Monsieur à dîner, nous nous mettions à table, et notre petite discussion continua, mais sur des sujets plus légers... que c’est une autre histoire !